Pourquoi il faut continuer à s’offusquer des images choquantes sur les réseaux sociaux

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Une fois de plus, de nombreuses images insoutenables de l’attaque terroriste qui a frappé Barcelone jeudi ont circulé sur Twitter et Facebook. S’il est difficile de lutter contre leur existence même, on peut encore ralentir leur prolifération.

On ne s’habituera jamais au terrorisme. On ne s’habituera non plus jamais aux images parfois insupportables qui circulent rapidement après une attaque sur les réseaux sociaux. Malgré tout, à chaque drame, l’horreur s’affiche, se partage, se commente. Sans jamais prouver sa valeur informative.

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L’attentat de Barcelone, qui a fait 13 morts et une centaine de blessés dans le quartier très fréquenté des Ramblas, aura donc lui aussi fourni son lot d’images sanglantes et toujours aussi indécentes pour les victimes et leurs proches. Vers 17 heures, une fourgonnette a foncé sur la foule concentrée, comme chaque jour, place de la Catalogne, avant de remonter sur 500 mètres au moins la Rambla, artère la plus touristique de la capitale.

À la moitié de la vidéo, un secouriste remarque le passant et lui demande d’arrêter de tourner

Rapidement, sur Twitter, Facebook ou encore Periscope, des premières photos et vidéos ont émergé : on y aperçoit le véhicule, les mouvements de panique ou encore l’avenue vidée de ses piétons, jonchée de papiers et d’objets personnels. Sur certaines, au loin, on devine des blessés, au-dessus desquels s’affairent les secours. Difficile de blamer la circulation de ce type d’images, dont une partie permet aussi aux médias d’entamer leur travail journalistique. À ce stade, le risque qu’elles présentent est surtout celui d’avoir été manipulées ou décontextualisées.

Généralement, l’épouvante vient dans un second temps. Dans le cas de Barcelone, les clichés les plus crus n’auront pas mis plus de 30 minutes à circuler en masse sur les réseaux. L’une des vidéos partagées a fait particulièrement réagir les internautes, choqués qu’un tel contenu puisse non seulement finir en ligne, mais qu’il puisse aussi avoir été capturé sans aucune pudeur par un témoin présent sur les lieux.

video_facebook.jpgCapture Facebook

On y aperçoit de nombreuses victimes au sol, en sang, parfois filmées de très près, qui défilent au rythme des pas de la personne qui tient le téléphone. À la moitié de la vidéo, un secouriste remarque le passant et lui demande d’arrêter de tourner. Une scène qui n’aura pas empêché certains médias de la relayer, malgré la « coupe des passages les plus violents ».

Bien sûr, les réseaux sociaux ont mis aujourd’hui en place des outils pour éviter aux utilisateurs de se retrouver confrontés à ce type de contenus sans qu’ils n’en aient eu le choix. La désactivation de la lecture automatique des vidéos à peine affichées sur l’écran en est un (plusieurs médias ont mis en ligne ces dernières heures des tutoriels pour activer cette fonctionnalité sur les différentes plateformes). La signalisation du contenu spécifique aux équipes de modérations en est un autre, mais qui implique a priori, si l’on est un jour amené à se servir de la fonctionnalité, d’avoir vu au préalable ledit contenu. De son côté, le ministère de l’Intérieur français a mis en place une plateforme, Pharos, qui permet cette de signaler ces images directement aux services de police.

Sur Twitter particulièrement, des internautes ont encouragé à la censure des photos de victimes en accompagnant leurs hashtags #Barcelona de photos de chats. Observée pour la première fois durant l’opération antiterroriste de Bruxelles, la pratique, qui vise avant tout à empêcher la divulgation d’informations susceptibles de ralentir l’enquête de police, semble être aussi devenue un moyen de lutter contre les images macabres.

Certains continuent pourtant de défendre la « viralisation » de ce type de contenus, brandissant l’argument du risque de la banalisation du terrorisme en l’absence d’images choc. Après la publication de vidéos explicites tournées quelques minutes après l’attentat de Nice, WikiLeaks, sous le feu des critiques, avait soutenu que la non-diffusion de telles scènes « empêchait l’indignation publique contre la police et les échecs politiques qui ont mené à cette attaque en premier lieu ».

Un morceau de tôle, une chaussure, un visage en larmes suffisent à montrer l’horreur du terrorisme

Comme le souligne Slate dans un article, un tel raisonnement penche périlleusement vers le complotisme. En réalité, un morceau de tôle, une chaussure, un visage en larmes suffisent amplement à nous faire prendre conscience de l’horreur du terrorisme. Sans atteindre à la dignité de quiconque.

Le fait est que ces photos et vidéos continueront d’exister tant que le terrorisme existera. Il y aura toujours des gens pour faire passer leur désir de « gloire » éphémère sur les réseaux sociaux avant la morale et le respect des victimes, ou pour confondre droit à l’information et voyeurisme. Et là n’est malheureusement plus vraiment question. Mais en ne cessant jamais de s’indigner de ces contenus, et en refusant catégoriquement de les visionner – même s’il faut pour cela modifier les paramètres de nos réseaux sociaux – peut-être finira-t-on un jour par dissuader les internautes, médias ou organisations d’exhiber la détresse la plus totale.

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